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~ Sa lignée ~

Il est al-Imam al-Habib `Abdullah bin `Alawi bin Muhammad bin Ahmad bin `Abdullah bin Muhammad bin `Alawi bin Ahmad bin Abu Bakr bin Ahmad bin Muhammad bin `Abdullah bin Ahmad bin `Abd al-Rahman bin `Alawi `Amm al-Faqih (oncle d’al-Faqih al-Muqaddam), bin Muhammad Sahib Mirbat, bin `Ali Khali` Qasam, bin `Alawi, bin Muhammad Sahib al-Sawma`ah, bin `Alawi, bin `Ubaydullah, bin al-Imam al-Muhajir il-Allah Ahmad, bin `Isa, bin Muhammad al-Naqib, bin `Ali al-`Uraydi, bin Ja`far al-Sadiq, bin Muhammad al-Baqir, bin `Ali Zayn al-`Abidin, bin Husayn al-Sibt, bin `Ali bin Abu Talib et Fatimah al-Zahra’, fille de notre Maître Muhammad, le Sceau des Prophètes (paix et bénédictions d’Allah sur lui).

Le nom “al-Haddad” remonte à l’un des ancêtres de Habib `Abdullah, Sayyid Ahmad bin Abu Bakr, qui avait pour habitude de passer du temps avec un forgeron (haddad en Arabe) dans son atelier à Tarim. Il devint alors connu sous ce nom afin de le distinguer d’un autre Sayyid, dont le nom était également Ahmad. [1]

Habib” est le titre qui, à partir du 11éme siècle, fut donné aux sayyids [2]`Alawi.

~ Sa vie ~

L’Imam al-Haddad naquit à Subayr, près de la ville de Tarim, en 1044 de l’Hégire (1634 de l’ère chrétienne). Il fut atteint de cécité à l’âge de quatre ans mais Allah le combla de la lumière de la vision interne. Son père le dirigea vers la quête de la science et il mémorisa le Qur’an et les textes fondamentaux dans les sciences islamiques à un très jeune âge. Parmi ses professeurs l’on comptait Habib `Abdullah bin Ahmad Balfaqih, Habib `Umar ibn `Abd al-Rahman al-`Attas et Habib Muhammad bin `Alawi al-Saqqaf qui résidait à Makkah et avec lequel il correspondait par lettres. Il poursuivit ses études jusqu’à atteindre le rang de mujtahid.

Son amour du savoir s’accompagnait d’un amour pour les actes d’adoration. A son enfance, lorsque ses cours du matin s’achevaient, il accomplissait jusqu’à 200 rak`at de prière dans le Masjid Ba` Alawi ou dans d’autres mosquées.

Sa journée se structurait autour des actes de dévotion qui débutaient bien avant l’aube et finissaient tard la nuit, entrecoupés par des leçons et le temps passé avec sa famille. Il compila un certain nombre de litanies, la plus fameuse étant le Ratib et al-Wird al-Latif (ce dernier étant consultable ici) qui apportent nourriture spirituelle à l’aspirant. Il avait une grande attache à la Surah Ya Sin, qu’il récitait constamment et dans laquelle il reçut une ouverture spéciale. L’invocation qu’il avait usage de prononcer après cela continue à être largement récitée, comme c’est le cas pour nombreuses de ses litanies.

Après en avoir reçut l’ordre de son grand-père, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), l’Imam se mit à appeler les gens à Allah à tout niveau, à tel point qu’il fut connu comme le “Pôle de la Da`wah et de la Guidée”. Il avait un nombre restreint de proches disciples qu’il éduqua dans la voie spirituelle. Il dit de sa méthode : “Nous pouvons consacrer une année entière à l’initiation d’un de nos étudiants dans l’acquisition d’une caractéristique.”

Lieu où l’Imam donnait cours à ses très proches étudiants. Un modeste petit coin dans les escaliers menant de sa maison à sa salle de cours (à l’étage).

Il exhortait les savants à agir conformément à leur savoir et à devenir, eux-mêmes, des appeleurs (dâ`i) à Allah. De la même façon il exhortait les dirigeants et les gens du commun. Il instaura un mawlid au cours du mois de Rajab à la fin duquel il conviait l’ensemble des participants à un repas en disant : “S’ils ne tirent bénéfice de notre discours, alors nous placerons nos bénédictions dans la nourriture.”

Il rédigea plusieurs ouvrages qui, jusqu’à aujourd’hui, profitent à grand nombre de personnes génération après génération. Ses œuvres, claires et concises, correspondent parfaitement à notre époque et nombreuses d’entre elles ont été traduites en Anglais ou dans d’autres langues. Il pouvait dicter de larges sections de ses ouvrages à ses étudiants sans aucune préparation préalable. Sa plus longue œuvre, al-Nasa’ih al-Diniyyah, contient l’essence de l’ Ihya’ `Ulum al-Din de l’Imam al-Ghazali. Dans al-Da`wa al-Tammah (L’appel Complet) il classe la société en huit catégories et expose les droits et devoirs de chacune d’elles. Risalat al-Mu`awanah (Le Livre de l’Assistance), qu’il rédigea à l’âge de 26 ans, est le manuel du cheminement vers Allah de tout musulman. On compte encore d’autres ouvrages dont Les vies des hommes, Savoir et Sagesse ainsi que Bonnes manières, tous parfaitement traduit par Dr Mostafa al-Badawi (en Anglais).

Démarcation de la Mosquée originale de l’Imam avant extension. Tout ce qui entoure cette partie intérieure est donc un agrandissement de la mosquée originale.

L’Imam déversa également son savoir et ses secrets dans ses recueils de poésies (Diwan) dont il se servait afin d’appeler les gens à Allah. Il dit que celui qui possédait le Diwan n’avait nullement besoin d’un autre ouvrage. Nombreux de ces poèmes présentent une description complète de la voie spirituelle et ils furent interprétés du vécu de l’Imam par son brillant étudiant, Habib Ahmad bin Zayn al-Habashi. Habib Ahmad bin Zayn rédigea également un commentaire de l’œuvre de l’Imam « `Ayniyyah » dans lequel il compila les biographies de nombreux des érudits maîtres s’inscrivant dans la chaîne spirituelle de l’Imam remontant au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). La poésie de l’Imam atteignit un tel degré d’approbation que l’un de ses vers fut inscrit sur le mur de l’enceinte dans laquelle se trouve le tombeau du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) :

*

نَبِيٌّ عَظِيْمٌ خُلْقُهُ الخُلُقُ الَّذِي

لَهُ عَظَّمَ الرَّحمنُ فِيْ سَيِّدِ الكُتْبِ

Un Prophète majestueux dont le caractère fut magnifié par le Tout-Miséricordieux dans le Maître des Livres.

***

Les poèmes de l’Imam al-Haddad continuent d’apporter vie et lumière aux assemblées à travers le monde. L’une des ses œuvres majeures est sa “Brise Avant l’Aube” qui commence par ces vers :

*

يَا رَبِّ يَا عَالِمَ الْحَالْ * إلَيْكَ وَجَّهْتُ الآمالْ

فَامْنُنْ عَلَيْنَا بِالإقْبَال * وَكُنْ لَنَا وَأصْلِحِ الْبَالْ

Ô Seigneur, Ô Connaisseur des états
Vers Toi je dirige mes espoirs
Comble-nous donc de Ta Proximité
Sois Présent pour nous et amende nos cœurs

***

Il dit de ce poème : “Ceci est l’une des meilleures œuvres que nous ayons composée car chaque vers est une expression de l’unicité d’Allah (tawhid). S’il était de notre voie de prendre les moyens [3] nous aurions exigé que le poème soit enterré avec nous, mais notre voie est de rencontrer Allah dans un état de dénuement absolue (faqr).” L’Imam mit en place une hadarah de dhikr le Jeudi soir qui est, jusqu’à ce jour, tenue dans le Masjid al-Fath à al-Hawi. Ce poème était récitée à la fin et il se levait à cette occasion avec le reste de l’assemblée. L’un des sultans du Hadramawt se rendit à Tarim et demanda à rencontrer l’Imam. Ce dernier refusa et envoya à la place son poème disant : “Ceci lui est suffisant.”

L’Imam al-Haddad prenait part à la vie sociale à tous les niveaux. Il écrivait des admonestations aux sultans pour leur violation de la Loi Sacrée et leur enjoignait de se repentir et de revenir à Allah. Il leur apportait également conseil dans les affaires de l’État et était médiateur dans les conflits entre tribus. Il guidait les fermiers dans les techniques agricoles et blâmait les plus riches de ne point dépenser leur biens pour soutenir les démunis.

Il établit le village d’al-Hawi dans la périphérie de Tarim qui fut auto-suffisant et prémuni de l’ingérence des dirigeants de l’époque, suffisamment proche pour recevoir les bienfaits de Tarim et suffisamment éloignée pour être préservé des conflits et séditions qui sévissaient dans la ville. La mosquée qu’il y construisit, Masjid al-Fath, ainsi que sa maison ont sublimement été rénovés et reçoivent nombreux visiteurs. Il supervisait et finançait l’éducation d’orphelins dans son foyer et malgré sa cécité il prenait part aux tâches ménagères, nourrissant les animaux et scellant les récipients d’eau.

Intérieur de l’humble demeure de l’Imam al-Haddad. Le visiteur pourra être surpris de la simplicité du lieu (se l’imaginer sans interrupteurs, sans éclairage, sans marbre, etc., tout cela ayant été ajouté après la rénovation) et par le niveau bas des plafonds. Une demeure consacrée à l’essentiel…

Un sultan d’Inde désira l’honorer en lui faisant parvenir une cargaison d’or, mais l’Imam, qui savait les conséquences négatives que de telles richesses auraient sur le Hadramawt et ses habitants, invoqua Allah de faire couler le navire tout en préservant ses passagers, ce qui se produisit exactement.

Sa remise confiante en Allah était telle qu’il dit : “Si le ciel venait à s’écrier : ‘Je n’enverrai plus une seule goutte de pluie’, et que la terre venait à s’écrier : ‘Je ne laisserai plus croître une seule pousse’ et que j’étais responsable de la nutrition de tous les habitants de Tarim, je ne m’en soucierais guère, mon Seigneur ayant affirmé : { Il n’y a de créature sur cette terre sans que sa provision n’incombe à Allah. } [4]

Son principal souci était de parfaire son suivi du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Dans ses vieux jours il se laissa pousser les cheveux disant : “Il n’y a pas une sunnah prescrite par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) sans que nous espérions l’avoir pratiquée.”

Habib `Ali al-Habashi dit de lui :

*

فَجَمِيعُ مَنْ سَلَكَ الطَّرِيقَةَ بَعَدَهُ

مُسْتَصْبِحُونَ بِنُورِهِ الوَقَّاد

قَرَّتْ بِهِ عَيْنُ النَّبيِّ مُحَمَّدٍ

فَهُوَ لَهُ مِنْ أَحْسَنِ الأَوْلادِ

Quiconque prend la voie après lui
Se voit guider par sa lumière étincelante
Il était la fraîcheur des yeux du Prophète Muhammad
Et il était pour lui parmi les meilleurs de ses enfants

***

~ Son décès ~

Il n’est que peu surprenant que l’Imam vint à être considéré comme le rénovateur (mujaddid) du 12éme siècle islamique. Il décéda à al-Hawi le 7 de Dhu’l-Qa`dah 1132 (1719) et il fut enterré dans le cimetière Zanbal à Tarim. Il laissa, qu’Allah soit de lui satisfait, six fils derrière lui – Hasan (qui devint son héritier spirituel), Husayn, `Alawi, Salim, Zayn, Muhammad – et 4 filles – `A’ishah, Salmah, Fatimah, et Bahiyyah.

Ses étudiants étaient des géants en eux-mêmes : on peut compter parmi eux Habib Ahmad bin Zayn al-Habashi, Habib `Abd al-Rahman bin `Abdullah Balfaqih, Habib `Umar bin `Abd al-Rahman al-Barr ainsi que Habib Muhammad bin Zayn bin Sumayt.

Qu’Allah soit de lui pleinement satisfait et nous permette de bénéficier de sa science, de ses lumières, de ses bénédictions et qu’Il nous aide à émuler son pieux modèle.

Salle où l’Imam tenait ses enseignements. Elle se trouve à l’étage de sa maison, donc dans le même bâtiment que la mosquée.

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[1] Pour l’histoire complète et une biographie plus détaillée de l’Imam consulter « Sufi Sage of Arabia » traduit par Mostafa al-Badawi. Voir l’ouvrage en Français : L’Imam al Haddad, le forgeron des coeurs, par le même auteur.
D’autres biographies en Français sont consultables en ligne :
– une sur le site hemmah.fr : Imam al Habib ‘Abd’Allah bin ‘Alawi al Haddâd
et l’autre sur le site islamophile L’Imâm `Abd Allâh Ibn `Alawî Al-Haddâd
Qu’Allah les récompense.

[2] Sayyid (sayyidah au féminin) est un terme respectueux pour désigner un membre de la famille du Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui. C’est l’équivalent de « Sharif » (sharifah au féminin) utilisé en Afrique du Nord ou dans les pays asiatiques. Il en va donc ainsi de Habib (hababa au féminin).

[3] Comprendre par là que la grandeur de ce poème en aurait fait, auprès d’Allah, un moyen pour atteindre Sa Miséricorde et Son Pardon. L’Imam préférait toutefois rencontrer Allah avec rien, s’en remettant entièrement à Sa Générosité. 

[4] Hud, Surah 11 verset 6.

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